La tradition c’est la mémoire du peuple.
Lorsque l’on est un petit curieux et que, inévitablement on découvre un jour la culture traditionnelle de sa terre natale ou d’acceuil, on découvre alors son histoire et l’on découvre que nous, petits citadins du commun des mortels, avons été dépossédé de nos biens : la terre et toute ses cultures : fêtes, musiques, danses et langues.
Dans le milieu des musiques et danses traditionnelles, il y a pas mal de petits curieux qui ont appris que gouverner un pays de 50 millions d’âmes, c’est en fait exploiter plusieurs peuples, après les avoir colonisés et soumis, et surtout, le plus important, que nous subissons encore aujourd’hui cette colonisation. N’oublions jamais que “province” signifie pays vaincu, même en 2008 ! L’histoire occitane a suivi le schéma habituel de toutes les colonisations de ce monde jusqu’à la perte de sa langue qui a mis fin à des siècles d’insurection. Alors les petits curieux deviennent militants. Ils s’accrochent à la langue comme un naufragé à sa bouée de sauvetage car tant qu’il restera une personne qui la chantera, cette langue des troubadours, cette langue de l’amour, elle restera vivante.
Mais alors, par conséquent, nos balétis qui renouent avec l’héritage traditionnel ne seraient-ils pas des actes de rébellion dissimulés ?
Au fond quel est le but de cette avidité qui engendre la domination ? N’est-ce pas la sécurité du sexe ? Regardez les nantis, c’est évident qu’ils ne sont pas heureux avec leur dollars, ils sont devenus vampires, blasés de tout, la cervelle métallisée, spirituellement exsangues. Mais ils ont le sexe à volonté, ces uniques moments de répits où ils échappent aux filets du temps, à l’ornière du conditionnement, comme des ogres enfin repu d’immortalité éphémère. On comprend alors que l’exploitation de l’homme par l’homme est en réalité l’exploitation de la femme par l’homme.
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La moitié du monde voile les femmes à outrance pendant que l’autre moitié les dévoile à outrance. Peu importe les moyens du moment qu’on ait ce fameux sexe soumis sous la main. Car la grande terreur de l’homme, le ressort de sa démarche brutale, de sa logique de guerre, c’est le cocufiage !
"La subversion c’est l’érotisme” (Bruno Priez).
Lorsque j’ai découvert en 2001 le petit monde des danseurs de trad, l’asso “Lève toi et Danse” et son enseignante, j’ai découvert en tout premier lieu une cour de divertissements, mais bien vite, en observant, fasciné, les femmes danser entre elles, cette relation pure qu’elles établissent à ce moment là, j’ai réalisé que la danse traditionnelle est aussi (et peut-être avant tout) un combat de femmes. Alors m’ait apparu une sorte d’armée amazone qui aurait remplacé l’armure par la robe longue, les armes par la sensualité. Le combat de la femme souveraine aidée de ses chevaliers servants, la reine de l'échiquier qui reprend peu à peu sa place légitime de reine dans le monde, reine au foyer ! La dame de la nuit redevenue femme soleil. L’ordre naturel des choses enfin retrouvé, sans domination puisque naturel. Dans la tribu des libres danseurs il n’y a pas de hiérarchie bien qu’il y ait un chef, celle qui a la “vision”, mais nul n’est tenu d’obéir à ce chef.
Evidemment, je fabule ! Ces femmes ne vous tiendront pas un tel discourt, la plupart agissent de manière inconsciente et c’est ce qui fait l’authenticité de leur démarche, cette façon de se retirer des affaires politiques en se plongeant, sans le savoir, au cœur de “l’affaire” politique.
Dans ce numéro nous aurons une entrevue avec Denis Galvier, chanteur de Coriandre et Lise Gros conteuse, tous deux fervents défenseurs de la langue et de la culture OC, ça va grincer dans les chaumières.
Foi de JMi Faydit |