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Le Tango…. Elargissons notre horizon de danses traditionnelles européénes, pour parler du Tango... Ecoutez un Tango surprise: |
Le tango est le second monde que j'ai commencé à arpenter dans la danse, après le trad. Je vais essayer de vous donner une idée de ce que j'y ai découvert/vécu jusqu'à maintenant. Mon expérience ne remonte pas à plus de quelques mois, ce sera donc assez basique. Mais peut-être suffisant pour éveiller quelques désirs. Il y a 3 "familles" de danse/musique distinctes en tango: le tango, la milonga et la valse. Un peu comme scottish, valse et mazurka en trad par exemple. Le style "tango" correspond plus ou moins à l'image que tout le monde a en tête. La milonga, elle, se danse à une cadence plus rapide, influencée par des rythmes africains, et laisse plus de place au jeu. La valse enfin n'a rien à voir avec la valse que l'on connaît en trad. Mais quand on débute en venant du trad, ce style-là est agréable car on peut de temps en temps se lâcher en commettant le sacrilège de mélanger trad et tango. Comme pour le rondo, la gavotte de l'Aven ou d'autres danses trad, il y a un mode de circulation dans un bal de tango (ou milonga). Idéalement tous les couples parcourent la salle à la même vitesse de rotation, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Quand cela se passe, la danse ne se fait pas seulement au sein du couple, mais aussi de toute la salle, entre tous les couples. Je n'ai encore jamais vraiment vécu un bal avec une telle harmonie, mais j'imagine que ça doit générer une énergie très forte, comme on peut le vivre parfois en trad. Une milonga est structurée en deux séquences bien distinctes, la tanda et la cortina, répétées en aternance. La tanda est une succession de trois à cinq morceaux de tango d'un même type (tango, milonga ou valse), dansés avec le même partenaire. La cortina sépare deux tandas. C'est un moment de pause, d'échange, de recherche d'un nouveau partenaire pour la prochaine tanda ou de ce qu'on veut. Et parfois aussi d'échange de numéro de téléphone, paraît-il... La musique passée pendant les cortinas n'a en général rien à voir avec du tango et peut y être pour beaucoup dans la qualité et l'ambiance d'un bal. Traditionnellement, on change de partenaire entre deux tandas. Ca fait partie de la "danse collective" du tango. L'énergie du tango est radicalement différente de celle du trad. Le tango est de manière générale beaucoup plus intériorisé, ce qui le rend probablement plus difficile d'accès. L'absence de danse de groupe accentue cet aspect. La convivialité d'une milonga n'est clairement pas la même que celle d'un bal trad. Mais si on arrive à dépasser cet "obstacle", la récompense peut être à la hauteur.
Un préjugé que j'ai envie de tacler: "le tango est compliqué, les pas sont super élaborés, sophistiqués etc." Danser le tango, c'est avant toute chose marcher, à deux, de manière posée, à l'aise, sans tension. Il y a évidemment des codes, comme dans toute danse, mais l'improvisation est fondamentale. Un élément significatif de certaines compétitions de tango, si je me souviens bien: est retenue comme figure de tango toute figure qui n'appartient pas à une autre danse. C'est important de ne pas oublier que cette danse a émergé au début du XXe siècle dans les milieux les plus populaires de Buenos Aires. Le socle de cette danse est donc nécessairement simple, accessible. Par la suite, le tango a évidemment beaucoup évolué, et il peut maintenant se danser et se travailler pendant toute une vie sans jamais lasser. Mais marcher, tout le monde peut s'y essayer. Au passage, le travail de la marche en tango apporte beaucoup pour les danses de couples en trad et pour la danse en général. En tango, le fait de tenir son partenaire dans les bras s'appelle "l'abraso". Il y a deux types d'abrasos: ouvert et fermé. En "ouvert", les torses ne se touchent pas, le bras droit du cavalier est surtout en contact avec le bras gauche de la cavalière et vice-versa. En "fermé", les torses sont en contact, le bras droit du cavalier et le gauche de la cavalière embrassent le dos du partenaire. En tango nuevo, la manière de danser qui incorpore les évolutions récentes du tango, on joue avec les deux types d'abraso, en passant fluidement de l'un à l'autre selon la nécessité. |
Un exemple de tango nuevo: Chicho (ma vidéo préférée de tango jusqu'à maintenant). Du peu que j'en ai vu jusqu'à maintenant, le tango peut s'enseigner/se danser de deux manières fondamentalement différentes: en transmettant/reproduisant soit des séquences de chorégraphies, soit des fondamentaux de la danse. Dans le premier cas, on se retrouve à faire du 1 2 3 4 5 6 et 1 2 3 4 5 6 et…, comme j'ai pu l'expérimenter avec un couple de profs argentins à Grenade, en Andalousie. En terme de plaisir, ce n'est pas vraiment ça. Et allez ressortir en bal, dans l'imprévu et la promiscuité, des enchaînements fixés à l'avance. L'autre approche ouvre la porte de l'improvisation, la source même du plaisir en bal à mon goût. C'est par là que j'ai eu la chance de commencer à Montpellier avec Hélène et Konstantinos. Au passage, il y a deux types de tango: le tango de scène et le tango de bal. Le tango de scène désigne les spectacles de tango sur scène. Il est évidemment chorégraphié. Je parle dans cet article du tango de bal. La différence entre les deux pourrait se comparer dans le monde du trad à celle entre un spectacle de danse folklorique et un bal de festival trad. L'un comme l'autre peuvent être superbes, mais ils ont peu en commun. Un bel exemple de tango de scène: Carlos Gavito Concernant les cours, il y a deux manières de se former. On peut avoir un partenaire fixe, ce qui est très souvent le cas dans le monde des cours de tango. Ce qui est aussi souvent demandé pour les femmes, car comme en trad, le déséquilibre homme/femme est assez prononcé. On peut aussi venir en solo, et trouver sa danse comme ça. Personnellement c'est pour l'instant ce que je fais. Ca permet de prendre conscience plus facilement de mauvaises habitudes éventuellement prises, de ne pas être perdu si on se retrouve à danser avec un "inconnu" lors d'une milonga, de recevoir des influences variées. Mais ça n'a pas que des avantages. Avec un couple stable, une part du travail peut être poussée plus loin plus vite, c'est certain. Une petite anecdote que j'adore concernant l'histoire du tango. Au début du tango, dans les années 1910, les hommes apprenaient à le danser, les femmes non. L'apprentissage se déroulait donc entre hommes uniquement, dans les "practicas". Un débutant commençait en jouant le rôle de cavalière durant un an ou deux, avant de pouvoir s'entraîner au rôle de cavalier, toujours dans les practicas, pendant une ou deux années de plus. Ensuite seulement, il pouvait sortir en milongas et enfin inviter des femmes pour danser. Actuellement, voir deux hommes danser un tango ensemble est très rare, du moins dans le peu de lieux que j'ai fréquentés. C'est bien dommage, car comme en trad, on apprend beaucoup de ces expériences. Deux femmes ensemble, c'est plus courant. Une cause évidente est qu'il y a beaucoup plus de femmes. Mais ce n'est probablement pas la seule raison. Toujours ce tabou de la proximité physique masculine, propre au monde occidental. J'ai un superbe souvenir de deux hommes dansant ensemble, dans une milonga d'Istanbul. Une belle touche de monde arabe. Deux hommes dansant ensemble, ça peut donner ça: les frères Macano. Avant de finir, un petit mot sur les mélanges de genres. En terme d'enrichissement apporté par des rencontres de techniques/monde/pratique, le tango est très complémentaire avec la danse "Contact-Improvisation". De fructueuses passerelles peuvent aussi être jetées vers le taïchi ou l'aïkido, comme le font certaines personnes de la région de Montpellier. Je finirai avec quelques liens, contacts, tuyaux et autres: Le blog d'Eric Schmitt: http://www.toutango.com/caminitotango/ Ca m'a l'air d'être tout pour cette fois. Peut-être le Flamenco ou le Contact-Improvisation pour la prochaine ? Si vous avez des questions ou envie de plus d'info, n'hésitez pas à me contacter, je pourrai essayer de vous répondre.
Tolia Faydit |
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